Android – le futur Windows du mobile, iPhone – le futur Mac ?

Dans le monde des smartphones, l’iPhone peut sembler être aujourd’hui en position de leader incontestable, surtout du point de vue français, où son positionnement multi-opérateurs accompagné de l’offre généreuse de ces derniers lui a permis de ne pas être un produit de luxe et s’ancrer sur le marché.

Peu présente (pour le moment) sur les marchés émergents, la firme de Cupertino commence déjà à se faire bousculer sur ses marchés historiques (Etats-Unis, Europe Occidentale) et notamment le marché américain ; le système d’exploitation mobile produit par Google, Android, a déjà détrôné l’iOS de l’iPhone aux Etats-Unis et connaît une très forte croissance en Europe. Le scénario actuel pourrait rappeler à certains la divergence de stratégies à la fin des années 80, lorsque la direction d’Apple avait refusé la stratégie multi-plateformes de licences prônée par Microsoft pour se concentrer sur son hardware, sûre de sa supériorité technique. Microsoft de son côté avait fait le pari des licences ; on connaît la suite… L’histoire se répète-t-elle ? Généralement pas, d’autant que les facteurs clef de succès pour un OS mobile aujourd’hui sont différents et plus complexes que dans les années 80. Les principaux seraient :

• L’expérience utilisateur (qualité(s) du téléphone, interface utilisateur)

• La richesse et la qualité de l’app store proposé par l’OS (mettons de côté les app stores du fabricant du mobile et de l’opérateur), vue par l’utilisateur

• L’accessibilité technique et la rentabilité dudit app store pour les développeurs d’apps

• L’offre des opérateurs concernant les mobiles supportant l’OS (disponibilité et prix)

Sur le premier point, l’avantage est aujourd’hui à l’iPhone et iOS ; les nouveaux mobiles supportant Android sont techniquement proches de l’iPhone (comme la famille Galaxy S de Samsung) et Android offre des fonctionnalités similaires, voire plus innovantes sur certains points (les widgets, par exemple). L’expérience globale d’un téléphone Android peut néanmoins se révéler quelque peu désagréable – le temps de chargement des applications est plus long, elles « crashent » plus souvent que sur un iPhone, la fluidité générale laisse à désirer et la gestion des versions est laborieuse.

Concernant la richesse de l’App Store, Apple semble être encore une fois devant avec un App Store plus fourni, doté d’une fonction recherche plus performante et d’une lisibilité générale plus élevée (que ce soit sur l’appareil ou dans iTunes). Néanmoins, la croissance du nombre d’applications semble ralentir pour l’App Store d’Apple (en %) et au contraire s’accélérer rapidement pour le Market d’Android, comme l’indique le site Sillicon Alley Insider

Source : Sillicon Alley Insider

Cette tendance semble être confirmée par l’intérêt que suscite l’univers Android auprès des développeurs – si les apps iPhone sont aujourd’hui leur première occupation (comme le montre l’étude State of the Apps de Digiday/Stifel Nicolaus/Millenial Media), les intentions pour 2011 penchent nettement vers la plateforme de Google.

Cet engouement est cependant à relativiser avec les premiers retours d’expérience – plutôt négatifs, comme l’indique l’étude d’Open First concernant la rentabilité de ces apps – pour près de la moitié les revenus générés ont été en deçà des attentes ; ils y voient toute une série d’explications. Le prix moyen d’une app payante est inférieur pour le Market et la proportion d’apps gratuites est beaucoup plus élevée ; ces revenus peuvent cependant être complétés par la publicité mobile et les évolutions de la part d’Ad Mob de Google et d’iAd d’Apple (ex Quattro Wireless) seront intéressantes à observer. Le dernier aspect pouvant se montrer déterminant est la distribution auprès des opérateurs. En l’état actuel, en France, l’avantage est donné à Android – présent sur pas loin d’une dizaine d’appareils pour un prix allant de deux à cent fois moins que celui de l’iPhone 4 et des forfaits spécifiques iPhone plus chers que pour tout autre smartphone. L’iPhone devient également moins accessible (plus de 200 €) que lors des offres passées qui ont fait son succès en France (moins de 100€ pour l’iPhone 3G). Ces paramètres vont-ils forcer l’Iphone d’Apple à devenir un produit de niche (même aisée et rentable) ? Android et Google avec leur stratégie d’ouverture et de partenariats ont-ils les moyens de devenir le Windows du mobile ? D’autres acteurs, intégrés comme Apple (ex : RIM) ou muti-plateformes comme Android (Windows Phone 7) peuvent-ils à leur tour bouleverser le marché ? Qu’en pensez-vous ?

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6 commentaires pour Android – le futur Windows du mobile, iPhone – le futur Mac ?

  1. Thibault Jaime dit :

    Merci pour votre article très intéressant,
    2 ou 3 remarques un peu biaisées pour pousser la réflexion :
    Et si le futur windows du mobile c’était le Windows Phone 7 (même s’il part de très loin c’est vrai) ?

    – est-ce que la forte connectivité entre le mobile et les applications bureautiques (outlook, word, excel, powerpoint) ne va pas attirer les entreprises vers des offres Windows Phone 7 et garantir ainsi un succès commercial au nouvel OS Microsoft ?
    – que penser du lien fort créé entre la console (XBox live) et le téléphone qui devrait ravir la communauté des joueurs ?
    – et finalement que pensez-vous de la nouvelle interface proposée qui diffère de l’Iphone et d’Android (étrangement comparables…)? Une interface plus centrée autour des réseaux sociaux comme celle du Windows Phone 7 est-elle un atout supplémentaire ?

    Il me semble que de plus en plus le téléphone sera le lien entre tout nos autres devices et que dans cette optique le Windows Phone 7 a clairement une carte à jouer face aux problèmes de compatibilité de l’Iphone.

    Que pensez-vous ?

    Ce qui est sur c’est qu’avec moins de 20% de la population actuelle équipée de smartphone, la bataille ne fait que commencer…

  2. Samuel Guinaudeau dit :

    Merci pour votre réponse, qui n’a pas été affichée immédiatement sur le site car le mode « modération » était activé sur le blog. Les commentaires vont désormais apparaître en temps réel.

    Sur le fond de votre réponse :

    C’est vrai que Windows phone 7 va certainement jouer un rôle dans la bataille des plateformes mobiles. Mais Microsoft a construit un tout nouvel OS donc ne dispose pas d’un effet de « base » de terminaux installés avec son nouveau système pour les applications mobiles. Reste à voir si le marketing Microsoft parviendra à capitaliser indirectement sur ces autres produits fortement implantés (sur PC). Et là je vous rejoins, la suite bureautique Office et Xbox live pourront certainement être des facteurs d’adoption de WP7.

    La nouvelle interface est effectivement un point important : si j’ai bien compris la vraie différence en interface utilisateur est le « content surfacing » : l’interface est un groupe de widgets personnalisables qui fait remonter le contenu sur l’accueil du téléphone. C’est beaucoup plus efficace pour l’utilisateur que de lancer une application pour avoir accès au contenu car il a accès instantanément à ses infos favorites. A priori bigrement efficace mais je n’ai pas encore eu l’occasion de tester un WP7 . Reste à voir si Apple va s’aligner (Android a déjà un système proche de WP7).

    La bataille va aussi se jouer sur les outils de développement : plus ils seront ouverts et simples d’accès, plus il y aura de chance que les développeurs s’intéresseront à la plateforme.

  3. Andrei Lorman dit :

    Bonjour Thibault, merci pour votre commentaire.

    1. Entreprises.
    Concernant votre premier point, c’est fort possible, étant donné qu’une perspective d’intégration complète des outils de travail pourrait ravir de nombreux DSI et acheteurs. Il reste cependant à Microsoft de démontrer la valeur ajoutée de cette intégration – l’ouverture et l’édition des documents Office n’est plus, à mon avis, un élément différenciant aujourd’hui. Il serait intéressant de regarder plutôt du côté de sharepoint, de la modification des documents via le cloud et du collaboratif mobile, quels usages professionnels peuvent émerger.

    2. XBox Live
    L’intégration avec XBox Live est, du point de vue du gamer très intéressante. On embarque son expérience de joueur avec soi! Statistiques, évolution de l’avatar… des éléments qui peuvent ravir le gamer et le faire pencher pour un Windows Phone. Mais les gamers ne représentent qu’une part du marché (même s’ils ont un profil correspondant au « consommateur de pointe » du smartphone – hommes, relativement jeunes, avec un budget technologie) et pour les non-gamers ce ne sera probablement pas un élément déterminant de choix.

    3. Nouvelle interface.
    Pour avoir fait un bref essai, la nouvelle interface est … déroutante! Le principe d’apporter du contenu live a déjà été quelque peu abordé par Android avec les widgets mais ici il occupe une place clef. Par contre, la navigation en verticale, très orientée contenu plutôt qu’apps n’est pas évidente pour un habitué de l’univers Apple / Android / RIM. Elle séduira sans doute davantage les possesseurs de téléphones plus « simples » ou featurephones qui n’ont pas encore cette habitude; pour les autres un effort de « migration » d’usage sera à réaliser et peut être un frein conséquent.

    4. La bataille de développement et effort de démarrage.

    Comme l’a déjà indiqué Samuel, un des éléments clefs sera la capacité du Windows Phone 7 à délivrer rapidement un nombre conséquent d’applications de qualité.
    Deux éléments amènent de la réserve sur ce point :
    – la structure innovante de l’interface change radicalement de l’habitude de « swipe horizontal » instaurée par Apple et confirmée par Android. Aux dire des éditeurs d’applications, cet aspect leur crée quelques maux de tête.
    – aux dire des mêmes éditeurs, les compétences WP7 sont aujourd’hui très rares en France et les développer constitue un pari pour eux. Il faudra un développement rapide du parc pour les convaincre de s’investir sur ce domaine.

    Ce qui nous amène à un facteur décisif pour le Windows Phone – atteindre rapidement une masse critique avec un démarrage fort des ventes, notamment avec l’approche de la période de Noël.
    Côté prix, ils sont compétitifs – les cinq-six mobiles WP7 sont aujourd’hui facturés entre 1 (pour le HTC Trophy 7) et 50 € (pour le Samsung Omnia 7) avec forfait, notamment grâce à une subvention de 100€ de la part des opérateurs, ce qui les place au même niveaux de prix que les nombreux téléphones Android proposés.
    De quoi partir bien armés dans la bataille pour le marché des non-possesseurs de smartphones?

  4. Andrei Lorman dit :

    En complément du dernier point – un article comparant le démarrage commercial de WP7 aux Etats-Unis à celui de ses principaux concurrents :

    http://www.pcworld.com/article/210255/windows_phone_7_success_tied_to_a_million_in_sales.html

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